Les meilleurs films de la décennie 2000-2009 (1)

Entre expérimentations et classicisme, l'âge de tous les possibles

2 févr. 2010 Guillaume Saki

Retour sur les grandes tendances de cette décennie cinématographique au fil de ses meilleurs films (1e partie : de la 18e à la 10e place).

Le cinéma, aujourd'hui, semble avoir atteint l'âge de la maturité. Un art à ce point maîtrisé qu'il se met lui-même en crise et imagine de nouveaux moyens de représentation (plus sensoriels, moins structurés). Deux films du début de la décennie sont emblématiques de ce balancement entre classicisme et modernité. Avec The Yards, James Gray rappelle à lui le Nouvel Hollywood des années 1970 et sublime le film de genre, nous somme en l'an 2000. Mais dès l'année suivante, David Lynch défie l'espace et le temps avec Mulholland Drive qui pose les jalons du cinéma moderne caractérisé par une déstructuration du récit. Ces deux films ont donné le "la" d'une décennie cinématographique riche, entre émergence de territoires cinématographiques nouveaux (Iran, Israël, Corée...) et un cinéma américain qui ne cesse de se renouveler. Retraçons maintenant, au fil de ses meilleurs films, les grandes tendances de la décennie 2000-2009.

18. Presque célèbre, de Cameron Crowe (USA-2001) : les films jubilatoires

En 2001, Cameron Crowe nous entraînait au cœur d'un groupe de rock perçu à travers le regard d'un tout jeune critique musical en plein trip initiatique. Un film musical, énergique et surtout très drôle, matrice du film indépendant américain des années 2000 : 500 jours ensemble (Marc Webb), Good Morning England (Richard Curtis), Jusqu'en enfer (Sam Raimi), Juno (Jason Reitman), High Fidelity (Stephen Frears), Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry).

17. A History of Violence, de David Cronenberg (USA-2004) : les films schizo

Maître du dérèglement mental et/ou physique, David Cronenberg signe, en 2004, un film vénéneux qui allie ses thèmes de prédilection à une forme plus grand public. On retient la composition magistrale de Viggo Mortensen, et surtout la scène finale la plus intense et subtile de la décennie : le jeu des regards y est foudroyant ! La décennie est riche en grands films schizo : Les Autres (Alejandro Amenabar), Mulholland Drive (David Lynch), Spider (David Cronenberg), Donnie Darko (Richard Kelly).

16. In the Mood for Love, de Wong Kar-Wai (Chine-2000) : les films d'amour fou

Quand les hommes enfouissent leurs secrets dans les murs et les femmes dérivent au ralenti dans les rues de Hong-Kong, Wong Kar-Wai délivre un poème d'amour mélancolique. L'esthétique, sublime, reste toujours au service de cette passion, interdite. Si l"amour reste l'une des grandes questions des années 2000, seule une poignée de films se dégage du lot : Punch-Drunk Love (Paul Thomas Anderson), Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry), Parle avec elle (Pedro Almodovar).

15. De battre mon cœur s'est arrêté, de Jacques Audiard (France-2005) : les films à fleur de peau

Avec l'intensité d'un personnage et d'un acteur totalement habité par son rôle (Romain Duris), le film est porté par le regard d'un cinéaste qui colle aux basques de son héros (Jacques Audiard). Entre grâce et violence, bien d'autres cinéastes se sont plus à inventer des personnages sur le fil du rasoir : Lodge Kerrigan avec Keane, James Gray avec Two Lovers, Jacques Audiard encore avec Sur mes lèvres, Paul Thomas Anderson avec Magnolia, ou encore Ronit et Shlomi Elkabetz avec Prendre Femme.

14. Dogville, de Lars Von Trier (Danemark- 2003) : les films nihilistes

Des décors tracés au crayon, la philosophie totalement pessimiste d'un cinéaste qui ne croit en rien, et sûrement pas en l'Homme, et au milieu de tout ça, Grace, lumineuse Nicole Kidman dans ce qui est certainement son plus beau rôle. Le désespoir qui révèle les faiblesses de l'Homme est l'un des grands thèmes de la décennie, y compris dans les blockbusters américains : Les Fils de l'Homme, The Dark Knight, ou même par moments Minority Report, témoignent de la réussite du genre.

13. Match Point, de Woody Allen (USA-2005) : la chance au cinéma

Le plus nihiliste (justement) des réalisateurs américains prend son spectateur à contre-pied en proposant, en 2005, un drame de l'ambition sociale. Une réflexion passionnante sur la chance et le hasard qui conduisent nos vies, et une noirceur assumée qui imprègnent désormais toute l'oeuvre du cinéaste jusqu'au récent Whatever Works. On peut classer dans cette catégorie tous les films de Woody Allen des années 2000, mais aussi Magnolia (Paul Thomas Anderson). Sans oublier Alain Resnais, le grand cinéaste de la question du temps et du hasard - Herbes Folles (2009).

12. Mystic River, de Clint Eastwood (USA-2003) : les tragédies classiques

Clint Eastwood signe en 2003 une passionnante réflexion sur le Mal, et dissèque les comportements humains avec acuité. Construit comme une véritable tragédie classique, ce sont paradoxalement les femmes qui composent les personnages les plus terrifiants. Sean Penn obtient un Oscar (pour une fois mérité). Les autres acteurs, dont un impressionnant Tim Robbins, sont au diapason. On retient cette caméra qui frôle les eaux de la Mystic River... Peu de cinéastes savent aussi bien maîtriser la forme de la tragédie que Clint Eastwood. Parmi eux, James Gray, maître du dilemme tragique dans The Yards, La Nuit nous appartient et Two Lovers.

11. La Chambre du Fils, de Nanni Moretti (Italie-2001) : les films sur la perte

Palme d'Or au Festival de Cannes 2001, La Chambre du fils est l'un des films incontournables de la décennie, et Nanni Moretti le représentant naturel d'un cinéma à la fois incroyablement centré sur lui-même et ouvert à la société qui l'entoure. Il y incarne un père de famille touché par la mort d'un de ses enfants, et réussit la gageure de réaliser un mélodrame où l'émotion est toujours contenue, retenue. Film de deuil où l'espoir resurgit au bord de mer, sur la musique cosmique de Brian Eno. La perte est l'un des grands sujets de la décennie : perte d'un enfant ici, perte d'emploi et d'identité dans L'Emploi du Temps (Laurent Cantet), perte de la mémoire et de l'amour dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry), mais aussi manque de drogues dans Requiem for a Dream (Darren Aronofsky).

10. Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry (USA-2004) : les films sur la mémoire

Le plus beau film d'amour de la décennie, mis en scène avec une inventivité hallucinante. Un film sur les souvenirs aussi, ceux que Joel veut faire disparaître de sa mémoire. Michel Gondry nous fait pénétrer dans le cerveau de son personnage, et revivre à l'envers les fragments volatiles d'une histoire d'amour. Le film est magnifié par son duo d'acteurs, un excellent Jim Carrey et surtout Kate Winslet, incontestablement l'actrice de la décennie. Nombre de films posent plus ou moins explicitement le problème de la mémoire, le plus emblématique restant le film d'animation Valse avec Bachir (Ari Folman).

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La Chambre du Fils, Libre de droit La Chambre du Fils
De battre mon coeur s'est arrêté, Libre de droit De battre mon coeur s'est arrêté
Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Libre de droit Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Mystic River, Libre de droit Mystic River
Presque Célèbre, Libre de droit Presque Célèbre
 
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