Louise Brooks et « Loulou » : le rôle de sa vie

La véritable version de 1928 ne fut reconstituée qu’en 1980

30 déc. 2009 Daniel Lesueur

On n'a retenu d'elle qu'un seul film, le chef-d'œuvre longtemps amputé et censuré de Pabst. Or Louise Brooks tourna dans plus de 25 films entre 1925 et 1938

Louise Brooks a toujours fait l’objet d’un véritable culte. Cela est autant dû à son attachante personnalité qu’au film « Loulou » (« Lulu » en version originale, inspiré de « Pandora’s box ») qui a traversé le 20ème siècle sans prendre la moindre ride.

Une enfance éprouvante

Elle est née en 1906. Ses parents s’occupent peu d’elle, et ce qui ne devrait pas arriver, hélas, arriva : à 9 ans, elle est violée par un voisin… et sa mère lui reproche de l’avoir séduit ! Devenue star, elle affirmera être incapable d'aimer véritablement quelqu’un, et mettra ce trouble affectif sur le compte des abus dont elle fut victime enfant. Encore adolescente, elle entame une carrière de danseuse, notamment parmi les célèbres Ziegfeld Follies de Broadway ; on lui propose immédiatement des rôles au cinéma.

Un premier film en 1925

Pour cette première apparition dans « The Street of Forgotten Men », son nom n’est pas crédité au générique mais on la remarque quand même, notamment en Europe. Après un rôle de vamp dans « Une fille dans chaque port » de Howard Hawks, elle part conquérir le Vieux Continent.

Adieu Hollywood

C’est en Allemagne qu’elle tourne un film qui dérange : « Loulou ». C’est le premier, paraît-il, dans l’histoire du cinéma, qui propose un rôle de lesbienne (tenu par Alice Roberts). Quant à Louise, elle a toujours son éternel look de garçonne, à la mode en France quelques années plus tard. Le film sera censuré, charcuté (40 minutes sont supprimées), tripatouillé, raccourci, démonté et remonté ! Du chef-d’œuvre de la fin des années 20 il ne resta plus durant un demi-siècle qu’un film presque… différent : l’ancien amant de Loulou devient son père adoptif, son amant devient son secrétaire asexué, son amoureuse lesbienne devient une garçonne un peu fofolle ; à la fin, au lieu d’être poignardée par Jack l’Eventreur, elle trouve refuge à l’Armée du Salut. Une version totalement édulcorée.

Le verdict d’un spécialiste

«Incarnation libertaire et anarchiste de l'amour fou et de la révolte sans compromis contre la société, féministe avant la lettre ou bien héroïne incandescente de mélodrame, victime des hommes et d'une morale en putréfaction, Loulou a survécu triomphalement à toutes ces interprétations » (Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma).

1980 : le retour de la VO

Catherine Gaborit Feuilleuse remonte la version telle que l’avait conçue Pabst. Elle a dû auparavant faire le rat de cinémathèques, puisant même dans des collections privées. Elle fera ensuite de même pour encore deux autres films du même réalisateur, « La Rue sans joie » (1925, avec Greta Garbo) et « Le Journal d'une fille perdue », le second film avec Louise Brooks (1929), un autre film tombé sous les ciseaux de la censure, interdit aux Etats-Unis car Louise y tient le rôle d'une tenancière de maison close.

Sa vie ressemble davantage au titre de son second film avec Pabst

La vie de Louise Brooks, en effet, c’est plutôt… Le Roman d’une Fille perdue ! Après « Le Journal d'une fille perdue », elle retourne aux Etats-Unis. Elle se marie deux fois… et par deux fois c’est le naufrage ! Sa vie professionnelle n’est guère plus brillante : elle se « grille » dans le métier et se retrouve au chômage à 25 ans. Elle se noie dans la déprime et l’alcool, fait n’importe quoi, call girl et fille de salle, pense au suicide. De 1952 à 1964, elle se passionne pour Sainte Thérèse et consacre sa vie à en faire des représentations au fusain. Elle meurt d’une crise cardiaque en 1985, seule, pauvre, dans un trou à rat… tandis qu’à Paris ses admirateurs sont légion

On lui prêtait la réputation d’être une femme scandaleuse, elle était tout simplement libre et indépendante. Le début de sa vie, particulièrement éprouvant, ne fut certainement pas étranger à son comportement farouche vis-à-vis de la société hollywoodienne… et de la société tout court.

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Louise BROOKS, x Louise BROOKS
Loulou !, x Loulou !
Louise BROOKS, x Louise BROOKS
Louise BROOKS, x Louise BROOKS
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